Les Thèmes no-made

2011, 2012, Passe-[ports] méditerranéens

Le mot « Méditerranée » évoque et relie l’occident, l’orient, l’Asie. On peut l’aborder par une multitude de points de vue, du plus réaliste au plus fantasmatique, du plus prosaïque au plus intellectuel. C’est immensément riche et complexe. Aussi, proposons-nous quelques pistes et quelques mots qui seront comme des tampons ou des visas pour voyager dans le thème. 

La Méditerranée c’est littéralement «  Une mer au milieu des terres » (en latin mare medi terra). C’est une vaste étendue d’eau qui paradoxalement nous relie et  nous sépare de tous les pays et peuples qui l’entourent. En pleine mer, La Méditerranée reste sauvage, insoumise, libre. Presque fermée. Mais ouverte. Ouverte vers l’Atlantique par le détroit de Gibraltar qui est vital pour le mouvement des courants mais aussi pour toutes formes d’échanges, pour le passage des bateaux. Etant donné les enjeux,  il a été accaparé par l’ordre des États qui l’a déclaré lieu de démarcation, de souveraineté et de frontière. C’est ainsi tout autour. Les eaux territoriales sont, elles aussi réglementées et protégées.

De port en port, entre contraintes et libertés : Passe-[ports]. La « passe » permet d’entrer dans le port mais sous contrôle.
Nombreux sont les ports en Méditerranée qui sont fortifiés. [Ports], à la fois ouverts et fermés. Les côtes méditerranéennes sont rythmées par des tours de guets, par des ports cernés de fortifications sophistiquées. Mais toutes ces constructions se révèlent des passoires qui n'ont jamais vraiment pu filtrer les échanges humains, les métissages des idées et des ADN.

Port et passeport sont étymologiquement liés. 
Pour passer les frontières, un document officiel, un passeport avec photo est nécessaire, et souvent des empreintes.  Beaucoup le possèdent, beaucoup en rêvent. Mais c’est un objet à double tranchant. Il peut être une clef pour la liberté,  ou un moyen de répression et d’exclusion. Le sort des Sans-papiers en dépend. Ceux qui traversent la Méditerranée sur des barques de fortune, au péril de leur vie, pour atteindre les rives d’autres pays, que ne donneraient-ils pas pour avoir ce « sauf conduit » !

Les empreintes collectées pour les documents officiels distinguent tout homme comme étant unique et différent, de façon infaillible. Mais rien ne leur échappe : elles  déjouent toute falsification ou usurpation d’identité.

En tant qu’artistes, quel regard portons-nous sur la Méditerranée que nous côtoyons, si proche et familière. De quelles traces personnelles, intimes marquent-elle nos vies, nos imaginaires, et donc nos œuvres, telles des empreintes indélébiles ? Même inconsciemment, parce qu’il met la main à la pâte, qu’il touche et transforme matière et matériaux avec se doigts et ses paumes, l’artiste y laisse ses empreintes réelles ou fictives. Sous ses empreintes uniques, l’œuvre l’est aussi.

en collaboration avec le
Sept Off


"champ libre" 2010

"CHAMP LIBRE" semble être une invitation à faire ce qu'on veut, mais cette locution est à la fois simple et complexe pour ne pas dire paradoxale. "Libre", ne signifie pas avoir entièrement "carte blanche", faire n'importe quoi… puisqu'il y a une première contrainte : le cadre du thème.

La deuxième contrainte, c'est le champ… d'action de no-made dans le jardin de Cap d'Ail, ou l'espace de l'arboretum de Roure qui est à priori délimité, circonscrit, connu...et non pas sauvage et illimité, même s'il est ouvert.

Que nous inspire "Champ libre" ? Comment concilier, donner sens artistique, et surtout donner forme, créer des "choses",des formes concrètes, suggestives, matérielles pour exprimer ce que nous suggère l'association de ces deux mots, champ et libre, subtilement antagonistes et pourtant liés.

"Champ libre" est une invitation à créer sur la délivrance, l'évasion, la révolte.

"Champ libre" suggère l'élan, la fantaisie, la spontanéité, la désinvolture.

"Champ libre" ouvre sur l'infini, l'imaginaire etc…

"Champ libre" c'est aussi créer des œuvres qui s'opposent… à la contrainte, à l'enfermement, aux limites, aux murs, aux normes, aux consignes, quelles qu'elles soient…

Interroger la thématique de "Champ libre", dans la continuité de "Si le printemps revenait" dans le parc de Valrose, et des expos Jardin, Dehors,Toucher, sans oublier Hors champ à Cannes, c'est cohérent et c'est inhérent à l'esprit et au champ d’action de no-made. Il est toujours question de Territoire et de limites à franchir.

Cap d'Ail    Roure


"secret" 2009

À Monaco les 17 et 18 janvier 2009, en secret, un appartement du 6ème étage de l’immeuble sis rue de la Colle a été investi par les artistes no-made (Secret, Monaco). Pourquoi, aujourd'hui, lever le secret ?

L’immeuble va être démoli ; dans les gravats vont apparaître des signes de cette intervention éphémère. Ces traces vont se mêler à la mémoire des habitants, aux secrets des familles de cet immeuble, elles en seront l’expression à la fois vivante et intime.

 Voir les oeuvres de rue de la Colle...

Ce passage des artistes no-made s’inscrit dans une sorte de constance depuis leur intervention in extremis sur la voie déferrée à Cap d’Ail et dans le gymnase de la MJC Picaud à Cannes, avant leur disparition. L’histoire de ce groupe se fond dans la vie des hommes et des femmes qu’il croise. Leurs histoires devenues communes sont faites de lumière et d’ombre, de dits et de non-dits, de secrets.  Un autre sens de  « secret », c’est cette alchimie créée par une idée, lancée et prise au vol par des artistes qui la transcendent et la restituent humblement et magistralement.

Les oeuvres, les installations de no-made se feront sous le sceau du secret.  Si vous voulez être dans la découverte, la confidence, alors venez à la découverte des "secrets" dont les artistes auront la clef, venez lever le voile... à Cap d'Ail et à Roure

 

"toucher" 2008

« Toucher », pour un artiste-plasticien, ça va de soi, c'est intrinsèque à sa démarche, à sa technique. Il se coltine à la matière, il l'utilise, il la prend en main, la palpe, la transforme, parfois la détruit, et ressent, en travaillant, toute la palette des sensations, du plaisir à la souffrance. Le contact est direct, fort, intime, subtil et le définit tout entier. 

L'œuvre façonnée interpelle, donne une émotion, touche l'artiste avant de toucher « l'autre », celui qui regarde, et qui ne résiste pas toujours à l'envie de toucher. Alors, touché ou pas touché ? Toucher ou ne pas toucher ? 

C'est de notre rapport au monde et aux "autres" dont il est question.

Quartier Mimont-Cannes, Cap d'Ail et Roure

 

"dehors" 2007

Avec le thème choisi : Dehors, no-made sort des limites du jardin et part à la recherche de lieux où les débordements seront possibles : un milieu urbain marqué de tags, un gymnase délaissé, quelques plates bandes, une plage…

Un vrai défi pour le collectif d’artistes qui est confronté à une nouvelle problématique : le milieu urbain et l’inspiration du cinéma.

Dans cette nouvelle approche, le dehors devient un lieu de désir et d’imaginaire ; tout comme le cinéma, lui aussi vecteur de désir et d’imaginaire. Chaque artiste représente sa rencontre avec le cinéma à travers un film, un cinéaste, un scénario et donne à son œuvre le titre d’un film. L’espace exploité demande une scénographie particulière pour créer une passerelle entre les œuvres, les artistes, les films, le public… Passerelle qui constitue la force du projet.

Cannes Festival du Film, Cap d'Ail, Roure

 

"jardin?" 2006

Dans la continuité de sa démarche, le groupe no made aborde un thème sous forme de question : Jardin ? Pour son événement annuel les artistes s’interrogent sur leur présence et le sens de leur travail dans le jardin du Roc Fleuri, à Cap d’Ail, et à l’Arboretum de Roure.

Quels sont les liens visibles ou subtils qui se tissent entre le jardin réel, clos, organisé, entretenu, et des œuvres qui sont fruits d’un tout autre travail ? A chacun son jardin : concret ? Conceptuel ? Symbolique ? Secret ? Les sculptures et les installations sont autant d’invitations, d’incitations à regarder autrement, à transgresser ou à s’inscrire dans la  réalité complexe du jardin.

L’espace clos se fait champ de liberté où tout est possible. Rencontres improbables : et si le loup y était ou intrusion du sauvage dans l’espace civilisé; détournements d’objets, de matériaux.

Comme dans le Jardin d’Epicure, si vous passez le portail, qui que vous soyez, vous participez à l’œuvre, à la métamorphose du lieu.

Cap d'Ail, Roure

 

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